La trilogie Matrix a fait couler beaucoup d’encre lors de leurs sorties (et ça coule encore). Trilogie singulière qui n’a rien à envier avec les sagas Star wars ou Le Seigneur des anneaux, Matrix fait partie de ses oeuvres tellement dense que la non compréhension des thématiques peut entrainer l’aliénation du spectateur. Le premier Matrix était un film coup de poing sorti de nulle part et qui revolutionna le film d’action et le cinéma en général (tout en ridiculisant une certaine saga intergalactique qui était prédestiné à être le film à voir en 1999) gràce à une technique de mise en scène jamais vu : le Bullet time. Il se démarqua aussi par son appropriation de la pop culture : Manga, Jeux video, littérature et en les impregnant d’aspects philosophiques et religieux forts. Les suites sorties en 2002 et 2003 entraient encore plus en profondeur dans les thèmes abordés dans le premier film. Plusieurs niveaux de lectures sont nécessaires pour appréhender l’oeuvre dans sa globalité et le spectateur lambda fut complètement perdu devant la complexité du récit qui pourrait paraitre simple et inutile aux premiers abords. Celui qui sait lire entre les lignes et décortiqués les thèmes sous jacents qui parsèment la trilogie,  découvriront une des oeuvres les plus fascinantes du 7ème art et peut être l’une des sagas les plus complexes jamais crées. Je pourrai passer des heures à vous parler de la trilogie originelle mais je suis pas là pour ça. Mon but c’est vous parler du nouvel épisode de la saga qui vient de sortir et qui va encore bouleverser les codes du blockbuster en général.

META Blockbuster

Disons le d’emblée, Ce nouvel épisode de Matrix divisera encore les spectateurs. Ceux qui ont des attentes en espérant revoir les prouesses du premier film peuvent déjà passer leur chemin. C’est bizarre de le dire mais Resurrections fait impasse sur l’une des signatures de la saga : Les scènes d’actions spectaculaires. Détrompez vous le film en possède plusieurs mais elles sont d’une sobriété déconcertante (mis à part une scène finale dantesque) et Lana Wachowski passe le message pour démontrer que la force de Matrix se trouve ailleurs. Resurrections brouille les pistes dans sa première heure. Elle déconstruit et reconstruit son univers tout en jouant sur le succès et la place de l’oeuvre dans la pop culture avec un discours méta hautement intelligent (impregné de cynisme) tout en réglant ses comptes avec les majors. Le discours de Lana Wachowski peut dérouté (voir dégouté) par son aspect assez violent mais elle fait en même temps un constat pas très réluisant du monde du divertissement qui resonne encore plus en ces temps qui court. On sait déjà que l’on fait face à une oeuvre mutante qui va diviser.

All you need is Love

Passé cette introspection assez particulière, le film ouvre enfin ses portes et dévoile toutes ces cartes. Elle sert comme véritable point d’orgue à Revolutions tout en nous racontant une histoire pronfondément humaine à travers la relation entre Neo et Trinity. On suit désormais les aventures de Thomas Anderson et non Neo qui n’est plus que l’ombre de lui même. Sa rencontre avec Trinity bouleversera son monde et devient le point central du récit du film. Toute la structure narrative tourne autour de la relation de ses deux personnages et en font une oeuvre qui est avant tout une histoire d’amour intemporelle. Neo et Trinty sont le coeur de ce Matrix New age encore plus que dans les précédents opus. L’alchimie entre Keanu Reeves et Carrie Anne moss est encore plus palpable qu’en 1999 et toute la mythologie autour des personnages prends une ampleur démésurée jusqu’à écraser l’artificielle pour offrir une sensation humano organique dans un film qui parle d’intelligence artificielle.

ADN Upgradé

La force de Ressurections réside dans le fait qu’il tourne et retourne son univers mais ne renie jamais ses origines. Il bouleverse tout ce qui avait été dit auparavant en offrant un effet miroir (un thème recurrent du film) et en proposant au spectateur de remettre en contexte ce qu’il pense savoir déjà sur Matrix. C’est ici que réside la plus grande force de ce Resurrections. Dans un monde où on nous bombarde de reboot et de suites d’oeuvres cultes du cinéma qui jouent à fond sur du fan service, Resurrections se libère de ses chaines et se reconstruit tout en gardant l’adn de son univers. Elle continue son histoire tout en bousculant et reinterprètant ces codes. Une des scénes les plus hallucinantes du film parle du  bullet time si cher à la saga mais absent de toutes les scènes d’actions du film. Elle se retrouve au centre d’une discussion tout simplement surréaliste qui agit comme une analyse méta sur l’utilisation de ce procédé usée jusqu’ à la moelle dans toutes les productions sorties après le premier Matrix.  L’univers cyberpunk si cher à la saga demeure toujours présente et agit dans la continuité du récit. De nouveaux personnages font leurs apparitions et proposent un passage de pouvoir à une autre génération  (le personnage de Bugs, excellente Jessica Henwick,  en est le parfait exemple) alors que d’autres sont réinventés pour les besoins de l’histoire. La grande force de ce Resurrections réside aussi dans son scénario aux abords simplistes mais qui se révèle être complexe dans les thèmes sous jacents abordés. On est vraiment dans un film estampillé Matrix.

Resurrection

Au final, même si vous êtes préparés pour ce Matrix Revolutions, vous ne vous attendrez pas à un film pareil. D’où le fait que ce Matrix pourrait être une grosse déception pour beaucoup. On est loin de la première trilogie et je dis tant mieux. Le film se démarque par son originalité, sa façon déconcertante et cynique de jouer avec ses propres codes pour les bousculer et se réinventer, la cohérence de son univers et surtout ce message universelle qu’il fait passer avec son magnifique final. Le sentiment le plus vieux du monde est aussi le plus important :  l’amour. Il confirme que l’essence et la force de son univers est bien celui là.

Sobre,Dense, complexe , Matrix Ressurections est un film qui mérite plusieurs visions pour être décortiqué, étudié et compris tout comme la première trilogie. Un film qui a le mérite de proposer autre chose que les blockbusters de ces dix dernières années (au risque de dérouter un public avide de films de super héros) et fait office d’anomalie tout comme l’élu dans la matrice. Hallucinant et jouissif

Note : 9/10